Les Lycéens en parlent – Critique de Clair Obscur

Clair Obscur

(Tereddut = doute)

Ce drame de Yesim Ustaoglu retrace le parcours de deux femmes, opposées par leur statut social et leur âge.

Nous avons d’une part Elmas, une jeune fille mineure censée être majeure, contrainte au mariage par ses parents. Elle semble venir d’un milieu pauvre contrairement à Chenaz, une jeune femme médecin aisée. Cette dernière semble avoir tout pour elle, cependant sa vie ne lui suffit pas pour être heureuse. Elle prend conscience de cela lors de sa rencontre avec Elmas, qui deviendra sa patiente à l’hôpital. Étant psychiatre, elle essaye de découvrir le parcours de cette jeune fille afin de la comprendre et de l’aider.

Pour nous, le thème principal de ce film serait le droit et les conditions de vie des femmes. Cela s’illustre notamment à travers la scène de la rupture entre Chenaz et son époux. La jeune femme prend sa vie en main en prenant en compte ses propres envies. Elle reproche à son mari d’être égoïste et d’être avec elle seulement à des fins sexuelles. A l’annonce de la rupture, il s’énerve et devient violent, nous dévoilant ainsi une facette de sa personnalité dont on ignorait l’existence .

Il lui impose de rester à ses côtés l’empêchant de prendre sa liberté. Ainsi sa sortie de la maison représenterait métaphoriquement la fin de son statut de femme soumise. En parallèle, la scène où Elmas se délivre de son mal-être en racontant son histoire à sa psychiatre (Chenaz), nous montre bien sa volonté de se libérer aussi de sa condition de femme soumise.

En opposition à sa psychiatre, Elmas s’affranchit de son malheur par la parole et non par les actes. Comme pour Chenaz, Elmas a de la difficulté à se délivrer de son passé pesant. Elle passe par diverses émotions avant d’atteindre la paix intérieure. On voit ainsi un point commun entre ces deux femmes que tout était censé opposer. On comprend alors que cette situation peut être vécue par tout le monde peu importe le statut social.

De plus, nous pouvons relever le fait que la nature est très présente dans ce long-métrage. En effet elle possède une symbolique forte puisqu’elle incarne la violence vécue par Chenaz, à travers les puissantes vagues qui viennent frapper les rochers. D’ailleurs nous avons à la fois la mer avec de violentes vagues ou calme et douce. Cela représenterait le contraste qui a lieu au fond de notre personnage principal.

Lors de la scène où elle observe les vagues en compagnie de ‘son amant, elle semble heureuse au contact de l’eau, puisqu’il s’agit d’un élément purificateur, ainsi nous sommes menés à penser que ce contact lave sa personne esclave de son mari, pour l’aider à devenir un sujet autonome. C’est pourquoi elle agit naturellement, telle une enfant pure et innocente. C’est un des seuls moments où elle peut être la vraie Chenaz, celle qui est libre et qui a conscience de vivre réellement et justement.

Ainsi, nous avons un rapport nature / civilisation, avec la nature qui serait une échappatoire pour l’homme comme le pensait Rousseau.

Pour conclure, nous retenons le parti pris du réalisateur. En effet, en rendant les deux femmes libres et autonomes à la fin de son film, il veut mettre en avant le pouvoir des femmes si elles agissent. Nous retiendrons de ce film l’idée que le combat pour le développement du droit et de la liberté des femmes à travers le monde n’est pas terminé et que beaucoup d’efforts sont encore à faire. Ce film laisse penser que les femmes doivent être fortes, se battre, garder espoir pour créer un monde plus équitable et plus juste pour demain. Pour se libérer de leur destin, de leur sort, elles doivent atteindre chacune une liberté qui leur soit propre. Pour nous, ce long-métrage nous transmet aussi l’idée que même si l’on pense être heureux, parfois un événement, une rencontre, nous fait prendre conscience que ce n’est pas le cas.

HOFMANN Chloé et SELMAN Aysel

Les Lycéens en parlent – Critique de Clair Obscur

Clair Obscur

 Présenté à la huitième édition du Festival européen des Arcs, Clair Obscur, de Yesim Ustaoglu, est un film dramatique turc portant sur la condition des femmes dans ce pays, comptant dans les rôles principaux Funda Eryigit et Ecem Uzun. Le motif central et récurrent du film est la mer. Elle revient en leitmotiv, tantôt agitée, tantôt apaisante, tantôt claire, tantôt obscure. Elle est le lien entre Elmas et Chenaz, qui y trouvent toutes deux l’accalmie ou la violence qui purge et qui libère. A l’image de leurs vies, la mer peut être calme mais peut dissimuler des tumultes en profondeur qui ressurgissent le moment venu.

Les deux femmes sont opposées en tous points : Chenaz est riche, heureuse en amour, son travail est stable ; quand Elmas a tout perdu, quand sa famille l’a chassée et qu’elle est traitée en esclave sexuelle par son mari et en infirmière particulière par sa belle mère. Si en apparence, la psychiatre Chenaz semble lumineuse et claire, contrairement à Elmas, le film, à l’opposé du manichéisme, tend justement à montrer que ce qui est clair dissimule l’obscur, et ce qui est sombre rejoint toujours la lumière.

Cette complémentarité entre le clair et l’obscur, s’illustre dans l’effet de miroir entre les deux femmes : chacune donne un peu d’obscurité ou un peu de lumière à l’autre : c’est Elmas qui fait prendre conscience à Chenaz de la face noire de sa vie toute lisse ; et en parallèle c’est aussi Chenaz qui sort Elmas de son épouvante et qui la libère de son cauchemar intérieur. Au reflet qui s’opère entre les deux femmes s’ajoute un effet d’inversion : la vie de Chenaz, si parfaite et irréprochable, s’effondre à la fin du film. Elle se libère mais cette liberté fait résonner le vide autour d’elle : Chenaz perd tout. Au contraire, Elmas, qui était emprisonnée dans l’esclavage puis dans la démence tire la liberté de son rapport avec Chenaz. Elle retrouve son esprit, se libère de ses chaînes et a tout à gagner. Les deux femmes se rejoignent donc à la fin du film : Chenaz, qui avait tout, se retrouve les mains vides, et Elmas, pour qui tout était sombre et sans issue, se libère elle aussi pour se retrouver face à une page blanche.

Ainsi rien n’est stable dans Clair Obscur, tout vacille, tout est bancal ; et rien n’est figé pour toujours.

François Jeanne, Carmona Louanne, Petit Violette

Les Lycéens en parlent – Critique de L’Indomptée

Critique de l’indomptée

Déclaration.

 »Ici tout le monde est fou. Je suis fou. Vous êtes folle. » Telle Alice, Camille entre par une petite porte, au pays des merveilles, au pays des fous, au pays des artistes : la Villa Médicis. Très vite, elle rencontre Axelle, mystérieuse, séduisante, ensorcelante, un peu folle, un peu étrange, elle aussi. Tout au long du film, elle tente de la capturer : cette poupée, aux cheveux enflammés, aux grands yeux clairs, qui disparaît, qui réapparaît ; un lapin blanc qui voit ce que personne ne distingue : les fantômes hantant les jardins, les statues mouvantes… Incontrôlable, imprévisible, indomptée, Axelle n’est peut-être qu’une illusion, bloquée dans la tête de Camille : son imagination.

Caroline Deruas signe ainsi son premier film, touffu. Trop, sûrement. Un problème, comme un terrier à l’intérieur duquel elle n’a pu s’empêcher de plonger. Où les idées sont arrivées, par centaines : une avalanche d’univers qui ont faillit la submerger. Horreur (des ombres, mouvantes), fantastique (des fantômes comme sortis d’un conte),

Romantisme, comique, colorent, par petites touches, la pellicule, tout comme les arts, qui ne cessent d’habiter l’image par de multiples références : la sculpture et ses statues romaines, la musique, le théâtre, l’architecture et ses appartements presque irréels, parfois oppressants, la photographie, le cinéma (un retour aux origines avec le noir et blanc). L’explosion de l’arc en ciel n’est pas loin . L’équilibre aurait pu être brisé, et emporter le spectateur de l’autre côté du miroir, mais l’air reste respirable, par la vision, l’atmosphère personnelle, féerique, les couleurs bleutées, les statues qui pleurent, la poésie, la délicatesse, la folie enserrant le film entier de ses grands bras. Ce sont ces failles, qui, finalement, rendent cette petite pierre, cette déclaration d’amour, si étincelante.

Anaëlle Paccard, Maëliss Charpentier

Les Lycéens en parlent – Critique de De Sas en sas

De sas en sas

« Crescendo »

 Drame français réalisé par Rachida Brakni, mettant en scène notamment Zita Hanrot, Fabienne Babe, Samira Brahmia ; De sas en sas a été présenté au Festival européen des Arcs cette année. Le film prend place en une brûlante journée d’été, durant laquelle une mère et sa fille rejoignent la prison de Fleury-Mérogis où, « de sas en sas », les deux femmes accompagnées d’un groupe composé de différentes classes sociales et de différents caractères vont s’affronter dans la fièvre estivale qui hante les 1h22 minutes du film.

Ce huis-clos étouffant enferme le spectateur à son tour dans cette prison faite de bruits violents et de bouillonnements nerveux et physiques. Dans la prison, se retrouvent enfermés et déshumanisés les détenus comme les visiteurs, qui, sans cesse contrôlés, sont traités en criminels et finissent par le devenir.   Le traitement serré et étouffant de l’espace, dans lequel les personnages se cherchent, s’observent et se heurtent, est renforcé par la superposition de grilles dans un bâtiment coffre-fort. La claustrophobie des scènes se fait ressentir davantage.

L’atmosphère, bien que pesante dès l’ouverture du film, connaît une explosion de violence à chaque nouvelle pièce franchie. C’est une véritable montée en puissance de la tension, un crescendo dramatique. Cela contribue à donner une impression de pièce de théâtre, renforcée par  le huis-clos et  par la temporalité réelle : le film subit peu de coupures, de sorte que le spectateur vit la même temporalité que les protagonistes, tout comme au théâtre. L’impact émotionnel et étouffant de l’action n’en est que renforcé, et l’identification du spectateur aux protagonistes aussi.                Ainsi, la salle du Festival est Arcs, en plein hiver, a ressenti la chaleur pesante et la soif dont les personnages sont victimes, voire même l’envie pressante de sortir de cet endroit confiné.            

C’est donc un véritable travail sensitif sur le spectateur que ce film, tant il joue sur les bruits, les silences, les échanges de regards meurtriers ou bienveillants, les gestes maladroits ou agressifs. Toute la mise en scène entraîne le spectateur comme les personnages dans un tourbillon, une véritable descente aux enfers rythmée par la fermeture progressive des portes de la prison.

Francois Jeanne, Petit Violette, Carmona Louanne

Les Lycéens en parlent – Critique de De Sas en sas

De sas en sas

Étouffer.

Un ventilateur. Première image du film, paradoxale, puisque l’air restera enfermé, bloqué entre les grilles de la machine. C’est l’histoire d’un étouffement, d’une suffocation. Elles sont une dizaine : des femmes, à venir, régulièrement, voir leur mari, leur amant, leur frère, à attendre, des heures, pour atteindre le parloir, à être enfermées, une après-midi entière, entre les sas, les murs, les grilles, la lumière, le cadre, comme les prisonniers, comme des animaux. Plus d’eau. Plus d’air. Seulement la chaleur, alourdissante, exténuante, et les claquements métalliques, les hurlements presque irréels, la vocifération de la sirène entraînant une tempête de lourds piétinements. La bande son soustrait encore un peu d’oxygène, oppresse, emprisonne les spectateurs tout comme les personnages. Rachida Brakni, par les cris, les regards, les silences, parle d’éducation, de liens familiaux, d’amour, dénonce les conditions épouvantables auxquelles sont confrontés les visiteurs de la prison, la discrimination : parce qu’à l’intérieur, les conflits, les rancoeurs ressurgissent. Une nouvelle ville, de nouveaux quartiers apparaissent : les mêmes, plus confinés, que ceux de l’extérieur. La respiration devient alors quasiment impossible. Seule une petite brise permet de reprendre son souffle : l’innocente fillette à la peau pâle, aux cheveux blonds, qui passe de bras en bras pour apporter un peu d’air entre les murs. Une métaphore, douce, parfois amère, à l’image de l’ensemble du film : la liberté.

Anaëlle Paccard et Maëliss Charpentier