Trois Questions à…

Cette année encore le Festival de Cinéma Européen des Arcs se met à la page en mettant l’accent sur les nouveaux médias à travers des conférences, rencontres et débats interprofessionnels autour des nouveaux enjeux du transmédia et du crossmédia. Pour se mettre dans le bain, nous avons posé nos 3 questions à une spécialiste en la matière, Caroline Maret, Responsable du Développement de Contenus Transmedia pour la fiction chez TF1.

Caroline Maret,
Responsable du Développement de Contenus Transmedia – Direction de la Fiction Française – TF1

  • Pouvez-vous nous donner votre définition du crossmédia et du transmédia?

Le crossmédia, est une stratégie qui consiste à orchestrer un contenu sur plusieurs média (en maîtrisant le potentiel spécifique à chacun d’eux) pour toucher son public.
Le transmédia, est le fait de raconter une histoire dont l’univers narratif s’articule sur plusieurs média. Ici, c’est l’histoire racontée qui est au cœur du processus ; chaque média apporte sa contribution narrative pour faire vivre un volet particulier d’une expérience fictive globale.

  • Comment utilisez-vous les trans/cross média dans votre profession ?

Je suis rattachée à la Direction de la Fiction Française de TF1. Mon rôle est de développer pour le digital des contenus narratifs additionnels aux Fictions Françaises de l’antenne. Aujourd’hui, il s’agit de repérer, parmi les programmes que l’on coproduit pour le média TV, ceux pour lesquels il est pertinent de mettre en place un dispositif transmédia en complément du dispositif crossmédia classique. Plus précisément, il s’agit d’identifier les programmes dont l’univers, les intrigues, le public visé, etc. permettent d’inventer pour nos héros une vie en dehors de l’antenne et de donner à notre public la possibilité de participer à cette vie. Ce type d’écriture participe à la création de rendez-vous forts sur l’ensemble de nos écrans et au développement de l’expérience autour de nos programmes au-delà de l’antenne et de la catch-up.

  • Un exemple concret ?

L’exemple le plus représentatif de dispositif cross/transmédia à ce jour parmi les Fictions de TF1 est Clem.

Clem raconte l’histoire d’une adolescente de 16 ans qui découvre trop tard qu’elle est tombée enceinte et qui se retrouve donc dans l’obligation de garder son bébé. Le pilote, diffusé en 2010 traite les 9 mois avant l’accouchement, les 3 épisodes suivants, diffusés en 2011 traitent du quotidien de Clem avec son bébé, soutenue par sa famille et ses amis, et qui fait tout pour garder une vie normale, poursuivre ses études, se donner le droit d’aimer à nouveau,… malgré les difficultés que représente le fait d’être maman beaucoup trop tôt.

Pour le Dispositif Transmédia : Nous avons commencé à raconter l’histoire de Clem 2 mois avant la diffusion antenne du pilote en créant un blog sur lequel nous postions toutes les semaines une vidéo montrant une jeune adolescente répondant au nom de Clem et se confiant à sa webcam. Dans un premier temps, le blog n’était pas associé à un programme; pour le public qui a regardé les premières vidéos, il s’agissait donc potentiellement d’une adolescente réelle.

Pour accompagner la promotion et la diffusion des 3 épisodes suivants, nous avons fait évoluer le blog en réseau social avec un dispositif transmédia sur 10 semaines, impliquant 8 personnages (Clem, ses amis + le 8e personnage étant l’internaute), 1 point d’entrée par personnage (via des vidéos quotidiennes, des commentaires, des likes, des sondages), une nouvelle trame narrative hebdomadaire spécifique au blog. L’histoire se construisait et s’enrichissait simultanément sur 4 supports (l’antenne/le blog/MyTF1.fr/facebook).

Pour le Dispositif cross-média :
- la campagne de promotion du programme a été déployée sur l’antenne, le web, en affichage, en radio, en print. Elle était organisée de façon à créer de nombreux rebonds entre plateformes (au-delà du rendez-vous antenne, vers MyTF1.fr, vers le blog, vers MyTF1 VOD, vers le roman, etc.),
- l’offre du programme était disponible sur tous les écrans (antenne, box, web, tablette, smartphone), accompagnée de contenus additionnels (bonus, making-of, scènes coupées,…) avec là encore une logique de rebond d’un écran à l’autre (du programme antenne vers un contenu exclusif web, de la catch-up des épisodes vers la VOD du pilote, du blog vers le roman ou vers l’intégrale Clem en Vidéo, etc …)