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L’Irlande à l’honneur

Pour ceux qui ne le savent pas déjà, le festival se tourne vers l’Irlande pour cette 6ème édition 2014. Une occasion pour vous de redécouvrir des classiques du cinéma irlandais ainsi que de découvrir des talents émergents de l’industrie.

L’Irlande, pour certains représentée par une trèfle verte, une Guinness, le gaélique, U2, Oscar Wilde, est surtout un pays qui valorise son identité culturelle. Pendant longtemps le cinéma irlandais a été un moyen de représenter ses légendes et ses traditions, d’illustrer son histoire et son évolution. 

Les années 1900, la naissance du cinéma irlandais

Le premier film tourné en Irlande, The Lad from Old Ireland, est réalisé par Sidney Olcott, canadien d’origine irlandaise. Le film traite de l’émigration d’un jeune irlandais qui veut faire fortune en Amérique. Des films britanniques sont diffusés mais la censure et l’omniprésence de l’Eglise ont beaucoup freiné la production cinématographique irlandaise. Dans les débuts du cinéma, seuls les films américains évoquent l’Irlande et notamment l’émigration massive des irlandais vers les Etats-Unis, le pays où tout les rêves devenaient réalité ! 

Même après la création de l’Etat libre, l’actuelle République d’Irlande, le gouvernement irlandais impose en 1923, un système de censure, le Censorship Act, et s’appuie sur les textes des dix commandements pour décider de ce qui est « correct » pour le public irlandais et qui ne ternit pas  la réputation de l’Irlande.

Le censeur James Montgomery interdit tout de même la projection de près de 1800 films en 17 ans de carrière !

Son successeur Richard Hayes adopte la même attitude en interdisant tout film représentant ou mentionnant une allusion sexuelle, l’avortement ou la contraception. De même, la politique ou les thèmes de la famille sont censurés ce qui impacte énormément l’évolution du cinéma et rend plus difficile la diversité des sujets. Seuls les films représentant une Irlande heureuse et prospère sont autorisés… pas grand chose pour attirer les cinéphiles ou investisseurs !

Le saviez-vous ? Le divorce n’est autorisé par la loi qu’en 1996 en Irlande. Ceci est dû à la prédominance de l’Eglise catholique dans la politique gouvernementale. 

The National Film Institute of Ireland

The Voice of Ireland, de Victor Haddick, sorti en 1932, est le premier film sonore irlandais. Il connaît très peu de succès car le public lui reproche de donner une image paradisiaque de l’Irlande.

En 1943 est fondé le National Film Institute of Ireland dont les objectifs sont d’encourager la production et la consommation cinématographique des Irlandais à travers une plus grande liberté d’expression. On voit donc une évolution drastique dans la production cinématographique dans laquelle l’on trouve majoritairement des documentaires, parfois propagandistes. Par exemple, Liam O’Leary réalise en 1948 un court-métrage de 7 minutes, Our Country, soulignant la misère, les inégalités présentes, critique acerbe du gouvernement au moment même des campagnes électorales !

La production de films n’est pas considérée une priorité pour le gouvernement qui fait face à une terrible crise économique jusqu’au milieu des années 1950. C’est ainsi que les studios d’Ardmore, créés en 1958, favorisent la production de films étrangers (en particulier des films américains), plus lucrative, aux dépens de l’industrie cinématographique nationale.

Deux longs-métrages irlandais ont tout de même marqué cette époque et font dorénavant partie du patrimoine national : « Mise Eire », « Je suis Irlande » réalisé en 1959,  et « Saoirse ? », « Liberté ? » en 1961.  D’ailleurs, ils sont entièrement en gaélique et sont maintenant des documentaires témoins des années 1900 à 1922.

Ce n’est que pendant les années 1980s que le gouvernement comprend et encourage le potentiel culturel du cinéma irlandais et les studios d’Ardmore sont fermés en 1982.

L’envol de l’industrie cinématographique

C’est donc en 1982 que la Commission Irlandaise du Cinéma, (Bord Scannán na hEireann’s, maintenant le Irish Film Board ), créée pour encourager la production cinématographique, introduit une politique culturelle du cinéma. Le cinéma irlandais s’est par la suite développé mais garde la particularité de rester étroitement lié à son identité nationale. Ainsi, l’on voit clairement se dégager certains thèmes récurrents comme la sévérité du catholicisme, les problèmes d’enfermement, l’opposition entre la vie et la campagne…

Les films des années 1990 traitent souvent des conflits civils ainsi que des troubles avec l’Irlande du Nord. The Crying Game (1992) de Neil Jordan avec Forest Whitaker, et In the Name of the Father, de Jim Sheridan avec Daniel Day Lewis, par exemple, mettent en scène le conflit nord-irlandais.

Anecdotes sur In the Name of the Father :

-       Le synopsis du film s’inspire de l’Affaire des « Quatre de Guilford », durant laquelle quatre jeunes, dont Gerry Conlon, furent injustement accusés d’être des terroristes de L’IRA (Irish Republican Army) et emprisonnés pendant près de 15 ans.

-       Daniel Day Lewis a voulu s’investir à fond dans son rôle et pour cela a passé des heures à parler avec le véritable Gerry Conlon, et se fit même enfermé en prison dans les mêmes conditions que le protagoniste, où les gardiens le réveillaient tous les quarts d’heure. 

-       Le film fut nominé 7 fois aux Oscars.

-       Jim Sheridan a demandé à son compatriote Bono d’accompagner certains des morceaux du film.

Depuis, le cinéma irlandais s’est grandement développé, notamment avec l’aide du Irish Film Board et est devenu une industrie incontournable. Avec des réalisateurs tels que Neil Jordan et Jim Sheridan, et plus récemment Martin McDonagh (In Bruges, Seven Psychopathes) ou John Carney (Once), le cinéma irlandais s’exporte davantage à l’international et fait émerger des acteurs devenus incontournables tels que Daniel Day Lewis, Liam Neeson, Colin Farrell, et tellement d’autres talents admirés dans le monde entier.

Si vous voulez la liste des acteurs et actrices irlandais, cliquez ici.