Les Lycéens en parlent – Critique de Clair Obscur

Clair Obscur

 Présenté à la huitième édition du Festival européen des Arcs, Clair Obscur, de Yesim Ustaoglu, est un film dramatique turc portant sur la condition des femmes dans ce pays, comptant dans les rôles principaux Funda Eryigit et Ecem Uzun. Le motif central et récurrent du film est la mer. Elle revient en leitmotiv, tantôt agitée, tantôt apaisante, tantôt claire, tantôt obscure. Elle est le lien entre Elmas et Chenaz, qui y trouvent toutes deux l’accalmie ou la violence qui purge et qui libère. A l’image de leurs vies, la mer peut être calme mais peut dissimuler des tumultes en profondeur qui ressurgissent le moment venu.

Les deux femmes sont opposées en tous points : Chenaz est riche, heureuse en amour, son travail est stable ; quand Elmas a tout perdu, quand sa famille l’a chassée et qu’elle est traitée en esclave sexuelle par son mari et en infirmière particulière par sa belle mère. Si en apparence, la psychiatre Chenaz semble lumineuse et claire, contrairement à Elmas, le film, à l’opposé du manichéisme, tend justement à montrer que ce qui est clair dissimule l’obscur, et ce qui est sombre rejoint toujours la lumière.

Cette complémentarité entre le clair et l’obscur, s’illustre dans l’effet de miroir entre les deux femmes : chacune donne un peu d’obscurité ou un peu de lumière à l’autre : c’est Elmas qui fait prendre conscience à Chenaz de la face noire de sa vie toute lisse ; et en parallèle c’est aussi Chenaz qui sort Elmas de son épouvante et qui la libère de son cauchemar intérieur. Au reflet qui s’opère entre les deux femmes s’ajoute un effet d’inversion : la vie de Chenaz, si parfaite et irréprochable, s’effondre à la fin du film. Elle se libère mais cette liberté fait résonner le vide autour d’elle : Chenaz perd tout. Au contraire, Elmas, qui était emprisonnée dans l’esclavage puis dans la démence tire la liberté de son rapport avec Chenaz. Elle retrouve son esprit, se libère de ses chaînes et a tout à gagner. Les deux femmes se rejoignent donc à la fin du film : Chenaz, qui avait tout, se retrouve les mains vides, et Elmas, pour qui tout était sombre et sans issue, se libère elle aussi pour se retrouver face à une page blanche.

Ainsi rien n’est stable dans Clair Obscur, tout vacille, tout est bancal ; et rien n’est figé pour toujours.

François Jeanne, Carmona Louanne, Petit Violette