Les Lycéens en parlent – Critique de De Sas en sas

De sas en sas

Étouffer.

Un ventilateur. Première image du film, paradoxale, puisque l’air restera enfermé, bloqué entre les grilles de la machine. C’est l’histoire d’un étouffement, d’une suffocation. Elles sont une dizaine : des femmes, à venir, régulièrement, voir leur mari, leur amant, leur frère, à attendre, des heures, pour atteindre le parloir, à être enfermées, une après-midi entière, entre les sas, les murs, les grilles, la lumière, le cadre, comme les prisonniers, comme des animaux. Plus d’eau. Plus d’air. Seulement la chaleur, alourdissante, exténuante, et les claquements métalliques, les hurlements presque irréels, la vocifération de la sirène entraînant une tempête de lourds piétinements. La bande son soustrait encore un peu d’oxygène, oppresse, emprisonne les spectateurs tout comme les personnages. Rachida Brakni, par les cris, les regards, les silences, parle d’éducation, de liens familiaux, d’amour, dénonce les conditions épouvantables auxquelles sont confrontés les visiteurs de la prison, la discrimination : parce qu’à l’intérieur, les conflits, les rancoeurs ressurgissent. Une nouvelle ville, de nouveaux quartiers apparaissent : les mêmes, plus confinés, que ceux de l’extérieur. La respiration devient alors quasiment impossible. Seule une petite brise permet de reprendre son souffle : l’innocente fillette à la peau pâle, aux cheveux blonds, qui passe de bras en bras pour apporter un peu d’air entre les murs. Une métaphore, douce, parfois amère, à l’image de l’ensemble du film : la liberté.

Anaëlle Paccard et Maëliss Charpentier