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Et la Flèche de Cristal se ficha dans « Un Chic type »

A part la cravate de Claude Duty (c’est une blague) et la Flèche de Cristal de César Carasco (ce n’est pas une blague), les différences entre les cérémonies de clôture du Festival de Cinéma Européen des Arcs 2009 et 2010 ont été quasiment imperceptibles puisque la mise en scène est restée des plus simples, dans le registre remise des prix sous le préau de l’école avant les vacances d’été. Sauf que là on était en décembre, sous la neige.

En attendant que cela se passe comme à Cannes, Venise ou Berlin, sous le feux des projecteurs et sous les flashes des paparazzi, avec mise en scène hollywoodienne réglée au quart de poil (et en espérant que cela ne se passe jamais ainsi), la salle Taillefer d’Arc 1800 était tout simplement bondée vendredi soir de gens qui ne redoutaient pas de voir leur photos dans les magazines people, des gens frigorifiés mais heureux d’avoir passé une semaine en compagnie de films venus de cet ailleurs proche et mystérieux qu’est l’Europe.

Qu’on ait versé une larme, ou bien rigolé ou encore froncé les sourcils en grommelant, depuis l’émission le Fou du Roi de Stéphane Bern diffusée le matin par France Inter, on savait qu’il fallait prendre au sérieux ce festival où les seules paillettes restent encore celles des cristaux de glace en suspension dans l’air, comme des étoiles, comme au pays du Père Noël avant le départ des chariots plein de cadeaux tirés par les rennes.

Si nos informations sont bonnes, le pays du Père Noël, c’est la Norvège. C’est là qu’a été produit « Un Chic Type » par Hans Petter Moland, un film justement apprécié par les jurés présidés par le Danois Thomas Vinterberg « pour sa noirceur, son humanité, sa profondeur, son humour, sa dureté et sa tendresse ». Les publics, jeune ou pas, auraient pu employer les mêmes mots pour qualifier leur choix,« Même la Pluie », dont l’un des principaux protagoniste, l’acteur bolivien Juan Carlos Adurivi, a de surcroît reçu le prix d’interprétation masculine. Un seul petit regret peut-être dans ce palmarès pour l’auteur de ces lignes: « Oxygène », un premier film formidable de Hans Van Nuffel, n’a pas fait mieux qu’une « mention » du jeune public. Tout le reste est indiscutable, formidable, que du bonheur!

On a donc pris note que la prochaine édition du Festival de Cinéma Européen des Arcs aurait lieu du 10 au 17 décembre 2011. Et on a invité M. le maire, Damien Perry, à pousser les murs de la salle Taillefer. Plus de dix milles spectateurs, c’est sûr que ça ne tiendrait pas.

Retrouvez tout le palmarès sur le site Internet du festival…

Allez, soyons fous! Festival…

L’affichette placardée dans toutes les stations des Arcs depuis une semaine pour annoncer que Stéphane Bern devait animer vendredi son émission de France Inter en direct de 1950 portait une mention propre à décourager les plus fidèles auditeurs du Fou du Roi: « dans la limite des places disponibles ». Bravant cette crainte légitime de se retrouver sur et sous la neige, de 355 personnes (selon les organisateurs) à 345 (selon la police) se sont sagement installées face à la scène montée dans la salle de réception du Manoir de Savoie pour le coup archi-comble.

Photos de famille, générique, chuttt… place à la bonne humeur. L’équipe de l’émission avait-elle eu l’impression que ce voyage en Tarentaise s’apparentait à une mesure disciplinaire à son encontre, genre petit exil en Sibérie ? Un des chroniqueurs le suggéra sans convaincre personne, pas même lui. L’accueil avait été particulièrement chaleureux la veille ce que chacun sur le plateau exprima dans son registre (narquois, acide ou amer) une idée commune : « on remet ça quand vous voulez les gars ». Les gars eux essayèrent de faire une phrase entière sans être coupés par une saillie des compères de Stéphane Bern dont le boulot est de faire rire à tout prix. Et les gars s’en sortirent plutôt pas mal. Donc…

Oui Philippe Djian doit largement sa notorité à « 37,2 le matin » mais il n’a pas participé à l’adaptation du film de Jean-Jacques Beineix ; oui il est allé voir comment était le monde loin du Flore et des Deux Magots mais là il vit à Paris… ; et oui il est heureux d’être membre du jury de ce Festival de Cinéma Européen présidé par Thomas Vinterberg.

Non Damien Perry n’est pas originaire de la vallée mais cela ne l’a pas empêché de devenir maire de la commune ; non Michel Rocard ne skiait pas avec lui quand il s’est cassé la jambe mais il a bien accompagné Dominique Strauss-Kahn hors piste ; non tous les chasseurs alpins du Bataillon de fer casernés dans la vallée ne sont pas en Afghanistan mais ils vont partir s’installer près de Grenoble dans deux ans.

Bien sûr qu’il n’y a pas de « ligne éditoriale » entre les films sélectionnés par Frédéric Boyer, mais ils sont bien révélateurs d’une identité européenne qui s’inscrit dans un périmètre marqué par les différences. En tout cas personne n’avait songé jusqu’à présent à montrer les œuvres conçues de l’Atlantique à l’Oural jusqu’à ce que Guillaume Calop et Pierre-Emmanuel Fleurantin, des enfants du pays, y pensent. « C’était impossible, ils ne le savaient pas, ils l’ont fait » a-t-il déjà été dit ailleurs à leur propos. C’est bon pour le cinéma européen. C’est bon pour les Arcs. Cela a été dit et normalement entendu. Le message est passé. Il faudrait être fou pour ne pas l’avoir compris.

Le chaud et le froid

Mercredi, cinquième jour du Festival de Cinéma Européen des Arcs. En recevant au petit matin ce gentil rappel, comme la cloche qui indique aux coureurs qu’il leur reste un tour de piste à faire, on réalisait que le temps avait passé vite, entre très et trop.

Déjà cinq jours ? Où avions-nous la tête depuis samedi, dans les nuages, sur l’oreiller, sous les flocons ? Cinq jours, cela voulait dire que la cérémonie de clôture n’était plus qu’à quelques bobines de film, que, peut être, la messe était dite pour la bande à Thomas Vinterberg, ce jury aussi sérieux qu’impénétrable.

Certes après la projection de «Le Quattro Volte », vers 20 heures, on a entendu Philippe Djian exprimer un sentiment sobrement positif sur le travail de l’Italien Michelangelo Frammartino. Le film sortait des sentiers battus et, pour cela, venait de dérouter pas mal de spectateurs de la salle Taillefer par la lenteur de son laconisme.

L’auteur de « 37,2 le matin » pouvait se permettre de s’exprimer librement, l’oeuvre présentée avec les avant-premières n’était pas en compétition. Le suspense restait donc entier.

Les jeunes lauréats des quatre écoles de cinéma les plus prestigieuses en Europe (la London Film School, la Fémis, la National Film School of Denmark et la University of Theatre and Film de Budapest), qui planchaient depuis dimanche dans des « workshops » au Village des écoles de cinéma européennes n’avaient eux plus ce souci en attendant d’en avoir de bien plus gros dans les années à venir.

Leurs 15 travaux postés sur Dailymotion, le site français de partage de vidéo partenaire du festival, ont été évalués par les internautes. Mercredi en fin d’après-midi, c’est Pierre-Alain Giraud qui a reçu le prix pour une petite perle de moins de cinq minutes, « A Portrait of You ». Et ce petit veinard a reçu ce qui convenait le mieux ici aux Arcs, une paire de skis pour aller tâter de la « peuf » tombée en abondance sur le versant de Peisey-Vallandry, à l’autre bout du domaine. Car on venait de vivre une petite bizarrerie climatique, de la neige sur un versant de la montagne et de l’air polaire de l’autre côté à -20° le matin !

European Cinema Ski Cup: and the winner is…

Lundi, c’était donc journée compet de ski pour les participants au deuxième Festival de Cinéma Européen des Arcs. Lundi, c’était aussi la journée des petits soucis,avec l’imprimante du QG qui faisait grève sur le tas, avec la porte du congélo qui n’avait pas été refermée. Ce qui se matérialisa par une liste des concurrents écrite au crayon mine et, malgré un soleil encore radieux, par un froid polaire dans la vallée de l’Arc.


Il en fallait plus pour entamer le moral des festivaliers. A l’heure dite, les moniteurs de l’école Spirit d’Arc 1950 avaient tracé un joli slalom géant sur la piste des Marmottes ainsi dénommée parce qu’en été on peut effectivement voir sur cette pente avec vue sur le Mont Blanc des représentants de l’espèce « marmota marmota » qui font le bonheur des éditeurs de cartes postales. Et Jean-Luc Crétier était là comme promis sur la ligne de départ pour « ouvrir », c’est-à-dire faire le temps de référence de la course à laquelle une quarantaine de skieurs-surfeurs s’étaient engagés.

Ici un flash back s’impose! Retour en 1998. Les télévisions couvrent les Jeux Olympiques d’hiver qui se disputent cette année là à Nagano au Japon. Et cette année là, il n’arrête pas de neiger au Japon. Si bien que les retransmissions ressemblent à ce qui se passait à l’époque du noir et blanc quand l’antenne râteau était mal fixée sur le toit. On n’y voyait rien. Et puis tout d’un coup jaillit de ce cauchemar en bichromie, Crétier! Depuis dix ans tous les spécialistes du Cirque Blanc savaient qu’il pouvait faire « péter » une perf. Là elle était énorme: aucun skieur français n’avait été champion olympique de descente depuis Jean-Claude Killy, c’était en 1968, Jean-Luc n’avait pas deux ans.

Cette victoire a fait de Crétier un homme heureux, heureux de vivre où il vit, de faire ce qu’il fait. Ce n’était pas un triste en tout cas qui donnait rendez-vous aux concurrents de la European Cinema Ski Cup à l’arrivée qu’il a passée en boulet de canon (en dépit de sa promesse d’y aller tranquille). Son enthousiasme communicatif parvint même à convaincre le président Thomas Vinterberg de poser sa tasse de café pour faire le parcours sur lequel ses compatriotes avaient été brillants. Les images de la course ne feront sans doute pas sensation dans une Nuit de la Glisse. Qu’importe. Lundi, l’important c’était de participer et il n’y a eut que des vainqueurs.

Le rythme du rameur

Tous les amateurs de rame traditionnelle le savent, il faut donner donner trois coups d’aviron vigoureux pour mettre en mouvement la barque ; puis ensuite, adopter un rythme de métronome pour que l’esquif glisse sur l’eau comme une libellule.

Un festival c’est un peu la même chose. Le branle a été donné samedi avec une soirée inaugurale vigoureuse salle Taillefer suivie de réjouissances à 1950. Dimanche, il fallait se mettre dans le rythme, trouver la cadence afin de ne rien laisser passer sans risquer de s’épuiser en courant des avant-premières aux œuvres en compétition en passant par les événements professionnels.

C’est ce que semble avoir réussi à faire le jury en formation complète avec l’arrivée du compositeur polonais Zbigniew Preisner, un moment coincé dans la petite Sibérie parisienne. En tout cas, le Président Thomas Vinterberg était d’excellente humeur avant que ne commence la projection de « Trois » (« Drei » en version originale allemande), le dernier film réalisé par Tom Tykwer. Il semblait même impatient que les lumières s’éteignent. Il n’était d’ailleurs pas le seul. Une grosse partie du public s’était calée dans les fauteuils parce qu’elle attendait quelque chose dans la veine du « Parfum », ce moment de pure jubilation pas si ancien provoqué par le réalisateur allemand.

Longtemps après (la projection dure quasiment deux heures), quand la lumière revint, Thomas Vinterberg avait quitté la salle sans rien laisser percer de ses sentiments. S’il en avait le public se garda de les manifester, sans doute pétrifié par les trois côtés de ce triangle bizarre extrait de la combinaison du génie génétique, de l’art conceptuel et de la philosophie de Spinoza.

La veille Thomas Vinterberg avait dit en rigolant que les douze films en compétition devraient être bons sinon il irait faire du ski. Et bien justement, lundi, il y a ski pour tous les professionnels accrédités une course de ski (European Cinema Ski Cup) sur la piste des Marmottes. Que le meilleur gagne!