Category Archives: Focus 2011

La comédie à l’italienne : dites Cheers ! (3/3)

Définie comme un « mélange de satire sociale, d’observation critique, de cynisme et de douce bouffonnerie » la comédie à l’italienne, est un courant qui se développe dans les années 50 en Italie, en réaction au pessimisme des films néoréalistes. Ce « néoréalisme rose » adopte une approche critique et une lecture humoristique de la réalité mettant en exergue les transformations sociétales et sociales de l’Italie des « trente glorieuses ». Petite histoire d’un genre qui est à prendre avec humour…

Après la pluie, le beau temps !

Arlequin ©ac-reims

Directement influencée par la commedia dell’arte, les marionnettes siciliennes ou encore le théâtre napolitain, la comédie à l’italienne nait au cinéma aux débuts des années 50 en réaction aux tons plus sombres et austères du néoréalisme, avec l’idée de traiter avec ironie les soucis quotidiens.

Véritable renouveau du cinéma italien, cette analyse satirique du miracle économique des années 60, s’attaque à tous les maux de la société italienne de la seconde moitié du XXe siècle : problèmes politiques, religieux, sociaux, sexuels, à travers le prisme de l’humour.

Ce genre, d’une dimension politique sous jacente, est caractérisé par la mise en scène de personnages modestes, dans des décors naturels, avec un message final de fraternité et en toile de fond, un commentaire de la société contemporaine et une critique de la petite bourgeoisie ; dont l’ambition principale est de faire rire et de divertir un public large.

“…La force de la comédie italienne réside, je crois, dans son observation sans indulgence de la réalité.”
Dino Risi

Les initiateurs du courant

Le Pigeon de Mario Monicelli ©AlloCiné

Un des premiers réalisateur à égayer les écrans italiens est Renato Castellani avec Deux sous d’espoir, qui obtient la Palme d’Or à Cannes en 1952. Les grands succès publics de Luigi Comencini Pain, amour et fantaisie en 1953 et la suite Pain, amour et jalousie en 1954 marquent profondément le genre, et s’inscrivent comme un véritable symbole du néoréalisme rose et du passage entre néoréalisme et Comédie à l’italienne.

C’est la sortie du film de Mario Monicelli, Le Pigeon en 1958 qui annonce la naissance véritable de la comédie à l’italienne des années 60 avec l’affirmation d’un genre de plus en plus codifié, qui n’hésite plus à mélanger la drôlerie la plus débridée avec le désespoir le plus noir. D’autres cinéastes, s’inscriront comme les chefs de file du genre, comme les grands Pietro Germi et Vittorio De Sica ou encore Dino Risi à qui l’on doit le Fanfaron (1962) qui porte un regard d’une profonde amertume sur l’Italie du boom.

Ettore Scola, s’illustre dans les années 1970 et signe de nombreux chefs-d’œuvre emblématiques qui marqueront la fin du mouvement. Parmi ses films cultes on retiendra le légendaire Nous nous sommes tant aimés (1974) et le compte moral Affreux, sales et méchants (1976).

Tous ces maitres de la comédie attachent une grande importance aux acteurs, véritables moteur du genre. Le comédien Toto en est le principal symbole.

Toto, figure emblématique de la comédie à l’italienne

Totò ©AlloCiné

L’acteur Toto, moins connu sous le nom de (accrochez vous !), Antonio Focas Flavio Angelo Ducas Comneno De Curtis di Bisanzio Gagliardi (on respire !), est l’acteur emblématique de la comédie à l’italienne. Il s’est admirablement glissé dans le rôle de l’Italien moyen, confronté au chômage, à la misère. Ces nombreux rôles comiques lui assurent une grande notoriété et l’érige au rang d’acteur culte du cinéma italien. Toto fera l’objet d’un hommage au festival de Cannes en 1966, avant de mourir d’une crise cardiaque l’année suivante.

D’autres acteurs sont indissociables de ce courant : Alberto Sordi, Nino Manfredi, Vittorio Gassman et Ugo Tognazzi, portent tour à tour les masques de bouffons ou de baratineur chevronnés et sont véritablement considérés comme les piliers du genre.

Dans les années 80, les films de Fellini, Ginger et Fred et de Marco Ferreri I love you marqueront la fin de ce souffle d’autodérision et le début de la crise pour le cinéma transalpin.

Prochainement, Le Giallo ou le thriller à l’italienne…

Roberto Rossellini et le néoréalisme italien (2/3)

Dès la fin de la Seconde Guerre Mondiale, la trilogie de Roberto Rossellini (Rome, ville ouverte, 1945 ; Païsa, 1946 et Allemagne année zéro, 1947) marque la naissance du néoréalisme, forme emblématique du cinéma italien, traduite par un retour au réel, tant dans le choix des sujets, que des cadres et des acteurs. Petit plongeon dans l’histoire d’un genre qui a assuré le renom du cinéma italien à travers le monde.

Le néoréalisme italien, le cinéma de « la vraie vie »

Rome, ville ouverte de Roberto Rossellini, 1945 ©France 5

L’émergence du néoréalisme italien est liée de près au contexte social et historique de son époque. Tout d’abord initié par le régime fasciste en place, dont le but était de montrer un pays en pleine mutation grâce au fascisme, les cinéastes ont vite pris le contre pied de ce mouvement en dénonçant les ravages du régime mussolinien.

Les difficultés morales et économiques du pays sont une source d’inspiration inépuisable pour les cinéastes de l’époque qui vont s’attacher à « filmer le réel ». Pour les néoréalistes, tout l’intérêt d’un film est d’être un document « suivant de véritables gens dans leur vrai milieu » avec la volonté de présenter le quotidien tel qu’il est, de porter un regard sur la collectivité plutôt que sur l’individu, de privilégier l’improvisation à la mise en scène, en allant parfois jusqu’à choisir des gens de la rue plutôt que des acteurs professionnels, avec en toile de fond une certaine critique de l’autorité en place.

Ossessione (Les amants diaboliques) de Luchino Visconti, sorti en 1943, est communément admis comme étant le premier film du mouvement. Mais l’acte de naissance officiel du néoréalisme est considéré être la sortie en 1946 de Rome, ville ouverte de Roberto Rossellini.

Rossellini, « père du néoréalisme »

En trois ans, Rossellini réussit à tourner trois films de fiction, Rome, ville ouverte (1945), Païsa (1946) et Allemagne, année zéro (1947) ; une trilogie de films étroitement liés par leur réflexion sur la résistance en Italie, sur la guerre et ses conséquences, mais surtout par un même procédé stylistique caractérisé par des tournages pour la plupart en extérieur, utilisant des lumières naturelles et des acteurs parfois non professionnels. Ces films donnent une impression de vérité et font de Rossellini le « père du néoréalisme ».

Le voleur de bicyclette de Vittorio De Sica, 1948 ©Allociné

Les films de Rossellini vont montrer la voie à d’autres cinéastes emblématiques du genre. Chasse tragique (1947) et Riz amer (1949) de Giuseppe De Santis, Le voleur de bicyclette, œuvre majeure du néoréalisme italien réalisée en 1948 par Vittorio De Sica, ou encore La terre tremble (1948) de Luchino Visconti sont autant de films qui vont ancrer le néoréalisme dans l’histoire. Le succès de ces films est cependant mitigé. Certes on compte parmi eux certains grands succès populaires (Le voleur de bicyclette atteint les 4,5 millions d’entrées en Italie) mais la plupart ne sont pas appréciés par le grand public (La terre tremble par exemple fut un échec retentissant au moment de sa sortie), qui préféreront des genres plus traditionnels comme la comédie, à ce genre qui s’attachait à faire du quotidien une histoire.

La fin du mouvement : vers une foi pessimiste pour Rossellini

Roberto Rossellini ©BIFI

L’empreinte du néoréalisme, semble s’effacer dans les années 1950 pour laisser la place à une certaine forme d’optimisme d’après guerre avec l’avènement de la démocratie chrétienne.

Les cinéastes s’orientent vers d’autres expériences. De Sica se tourne vers une carrière internationale, Rossellini quant à lui semble se déplacer sur le terrain d’une foi pessimiste, assez éloignée de la confiance en l’Histoire ou des exigences progressistes avec sa « trilogie de la solitude » regroupant les films Stromboli (1951), Europe 51 (1952) et Voyage en Italie (1954).

La fin du néoréalisme et l’euphorie de l’après guerre laissera place à l’avènement d’un genre qui marquera à son tour l’histoire du cinéma italien : la comédie dit « à l’italienne ».

>> Plus d’informations en visitant les expositions virtuelles de la Cinémathèque : Le néoréalisme italien et Roberto Rossellini, une passion didactique

Prochainement, La comédie à l’italienne…

Bienvenue à Cinecittà, la città del cinema (1/3)

Du 10 au 17 décembre 2011, le Festival de Cinéma Européen des Arcs consacre un Focus à l’Italie. Nous vous proposons, à travers un feuilleton de 6 épisodes, de partir à la découverte des grands noms et chefs d’œuvres du cinéma italien d’hier et d’aujourd’hui. Cette semaine, direction les studios de Cinécittà…

Cinecittà (traduisez « la ville du cinéma » pour ceux qui auraient séché les cours d’italien) occupe une place de taille dans l’histoire du cinéma italien. Et comment ! Avec ses 40 hectares de terrain et quelques 22 studios (Mamma mia !) ; Cinecittà est le deuxième plus grand complexe cinématographique après Hollywood. Le studio à joué un rôle indéniable dans l’essor du cinéma italien et mondial avec à son compteur 3000 films tournés, dont 48 ayant obtenus un Oscar. Visite guidée…

Un outil de propagande sous l’Italie fasciste

Inauguration de Cinecittà par Mussolini, 1937 ©Cinecittà Luce

Cinecittà, à prononcer « chi-né chi-ta » (avec l’accent s’il vous plaît !) est un complexe de studios cinématographiques italien dont la construction débuta en janvier 1936, au sud de Rome. L’idée de Cinecittà, est née dans les années 1930 dans l’esprit de Luigi Freddi, responsable de la politique cinématographique du gouvernement fasciste de l’époque. Il fut officiellement inauguré en avril 1937 par Benito Mussolini en personne.

A l’origine, les studios de Cinecittà servent surtout à la production de films d’inspiration fasciste. Véritable outil de propagande pour le gouvernement en place, la situation évoluera progressivement à la chute de Mussolini en 1943 (on se rappelle nos cours d’histoire…). Le studio deviendra alors le refuge des plus grands noms du cinéma italien, parmi eux, Michelangelo Antonioni, Roberto Rossellini, Luchino Visconti, Ettore Scola ou encore Vittorio De Sica. Et surtout Federico Fellini qui lui restera fidèle pendant plus de 40 ans !

Federico Fellini en son royaume

La Dolce Vita de Federico Fellini, 1960 ©AlloCiné

Les plus mystiques vous diront que son fantôme rode encore dans les studios de Cinecittà (bouHHH !)… Loin d’être une histoire à faire froid dans le dos, celle qui unie Cinecittà à Fellini relève plutôt du coup de foudre. On ne les présente plus : Les Vitelloni, Huit et demi, Satyricon, Les Clowns, Amarcord, La cité des femmes ont tous vu le jour dans les studios romains. La Dolce Vita, un des plus grands chefs d’œuvre du cinéma, que Fellini réalisa en 1960, marqua l’âge d’or des studios !

Fellini s’explique : « Je tourne en studio pour exprimer une réalité subjective dépouillée d’éléments réalistes contingents, inutiles…La mémoire des choses et des lieux accomplit automatiquement cette opération sélective de nettoyage du regard, en éliminant ce qui est en trop et en dénudant l’essentiel de l’émotion. La représentation cinématographique a donc besoin d’un espace qui soit semblable à la sphère imaginaire »

Et comme symbole de leur union, Fellini lui rendra un dernier hommage dans son film Intervista en 1987, véritable prétexte d’une évocation nostalgique de ce lieu emblématique.

Des airs d’Hollywood au temps de la reconversion…

Entrée des studios de Cinecittà ©Cinecittà Luce

Construits dans l’idée de concurrencer les Etats-Unis, c’est finalement Hollywood qui redynamisera les studios de Cinecittà en y développant les péplums. Cinecittà se positionne alors comme une véritable terre promise pour de nombreux réalisateurs américains au début des années 1950, attirés par la réputation du studio et les faibles coûts de production pratiqués en Italie. De nombreux succès du cinéma américains y verront le jour, Quo Vadis, Ben Hur, Cléopâtre, ou plus récemment Gangs of New York et Mission Impossible 3.

Aujourd’hui, l’Italie fait face à la crise. Il y a quelques mois on parlait de la fermeture possible du « Hollywood du Tibre », en raison du manque d’activité du cinéma italien. L’époque des péplums est révolue et les studios ne servent aujourd’hui principalement qu’au tournage de télé-films et de publicités.

Cela n’empêche pas de grand réalisateurs italiens de revenir aujourd’hui sur ce lieu mythique du cinéma, comme Nanni Moretti qui y tourna dernièrement son film Habemus Papam. Une note d’espoir pour les studios et pour le cinéma italien, qui témoigne que ce dernier, longtemps accusé de s’être endormi ne s’est en fait qu’assoupi!

>>L’usine à rêve du cinéma italien ouvre ses portent au public dans le cadre de l’exposition « Cinecittà si mostra » jusqu’au 30 novembre 2011. Plus d’informations sur le site officiel de l’exposition

Prochainement, Roberto Rossellini et le néoréalisme italien…