Les lycéens en parlent – Critique de Glory

Glory

Glory, présenté à la huitième édition du Festival européen des Arcs, est un film dramatique bulgare signé Kristina Grozeva et Petar Valchanov. C’est dans une trilogie, dont font partie Glory et The Lesson, (qui était en compétition pour le Prix Lux), que les deux réalisateurs dénoncent la corruption de l’état bulgare. Les deux personnages principaux que sont Petrov et Staykova sont incarnés à l’écran par Stefan Denolyubov et Margita Gosheva.

Le film met en scène l’encensement puis la chute du cheminot Tsanko Petrov qui, glorifié par le gouvernement pour son honnêteté, est démoli et humilié par la suite. Tsanko se bat également pour sa dignité, dans un monde où tous les coups bas sont permis.

Il y a une opposition drastique entre Tsanko et les personnages de pouvoir. Tsanko est l’incarnation de l’homme vrai, pur, venant de la campagne et qui a travaillé de ses mains toute sa vie. Il ignore la bassesse, et se présente comme un homme honnête, que l’argent ne corrompt pas. Au contraire, le monde du pouvoir est incarné par le personnage de Staykova, femme sans principes, sans pitié, emplie de faux semblants et qui se construit autour des apparences pour « faire bonne figure ». En témoigne la scène où Tsanko pénètre dans le ministère : les responsables s’empressent de changer ses vêtements, de critiquer sa barbe et ses cheveux. Tsanko est un personnage trop humain pour un monde politique trop lisse. Il est récompensé pour son honnêteté par l’institution la plus malhonnête qu’il soit. En cela réside la satire du film.

Le bégaiement de Tsanko est l’emblème de son incapacité à comprendre et à se faire comprendre. Tsanko bégaie parce qu’il ne maîtrise pas le langage politique hypocrite. L’authenticité de ce dernier démonte la rhétorique du pouvoir. Mais son bégaiement est  également une barrière de plus face au monde politique puisqu’il ne peut pas s’exprimer. Pourtant, Tsanko est un personnage si pur et courageux qu’il n’a pas peur de se faire emprisonner, frapper, humilier.

La fin, pessimiste, montre Tsanko dégénérer dans la violence : c’est donc une fin sombre. Le personnage le plus calme et pondéré qu’est Tsanko lâche prise et s’abandonne à la fureur face à la corruption, à la violence la plus sourde et la  plus hypocrite dont le régime bulgare, comme tant d’autres, est capable.

Jeanne François, Violette Petit, Louanne Carmona

Les Lycéens en parlent – Critique de Patients

Patient

de Grand Corps Malade

 

« On a des fauteuils adaptés, des fourchettes adaptées, des téléphones adaptés. Je n’ai pas trouvé d’espoirs adaptés. »

Tout commence dans cette chambre d’hôpital avec notre patient, Ben. Il vit des jours répétitifs suite à son accident qui l’a rendu paraplégique incomplet. Grand Corps Malade et Mehdi Idir (les réalisateurs du film), nous plongent dans cette histoire à la fois pleine d’espoir et de moments de doute. Cette histoire s’inspire de celle de Grand Corps Malade. On suit le parcours de Ben dans un centre de rééducation. On voit le destin de chacun, entre ceux qui n’ont plus d’espoir et ceux qui continuent d’y croire. L’intérêt de ce film est de voir comment chacun essaie de trouver une échappatoire à sa situation.

La notion de dépendance est primordiale dans le film. Par exemple, lorsque le fauteuil de Benjamin tombe en panne de batterie. A ce moment-là, Ben est seul dans sa chambre et le couloir est désert : il n’y a personne pour entendre son appel à l’aide. Cette scène nous transmet la solitude ressentie par le personnage. Le cadrage, qui part de Benjamin puis recule de plus en plus jusqu’à nous montrer le couloir vide, renforce davantage cette idée de dépendance et de solitude. Ce mouvement de caméra accentue notre empathie avec le jeune homme. Le réalisateur parvient à nous montrer une scène frappante en s’appuyant essentiellement sur le silence. Dans une autre scène, Benjamin, qui ne peut plus se laver tout seul, doit attendre qu’un aide-soignant vienne le faire à sa place. Il n’a plus aucune autonomie ni intimité: les infirmiers connaissent son corps autant voire même mieux que lui.

L’espoir est la seule chose qu’il lui reste. On le retrouve dans des scènes telles que celle où Ben et ses amis se rendent dans une forêt qui jouxte le centre : ils ne sont qu’à quelques mètres à peine de leurs chambres mais pour eux, c’est comme s’ils étaient dans un autre monde dans lequel ils seraient complètement indépendants. Les amis de Benjamin lui permettent également de garder espoir, à travers la solidarité qui se développe au sein de ce petit groupe. Ainsi, ils découvrent une nouvelle forme d’amitié et de soutien, leur permettant de se relever lorsqu’ils manquent d’espoir. Ils s’en sortent en passant beaucoup de temps ensemble, à rire et à pratiquer l’autodérision afin de ne plus penser à leur handicap et afin de dédramatiser.

Ainsi, ce film touchant, qui pourtant ne tombe pas dans le mélodrame, nous ouvre une porte sur le quotidien des personnes atteintes d’un handicap, et renforce notre compréhension concernant leur situation.

Justine Massas, Clara Bavazzano, Aysel Selmann, Chloé Hofmann et Laura Ybert

Les Lycéens en parlent – Critique de Layla M

Layla M

de Mijke De Jong

Layla M retrace l’embrigadement progressif de l’héroïne éponyme, jeune femme musulmane âgée de 18 ans, d’origine marocaine et vivant à Amsterdam. Au début du film, c’est une adolescente engagée, en quête d’égalité. C’est cette recherche qui la rend au fur et à mesure du film de plus en plus radicale. Elle se retrouve ainsi au Moyen-Orient, plongée au cœur de la terreur, après avoir épousé Abdel, jeune djihadiste qui suit la même évolution qu’elle mais de façon plus extrême. Ce long-métrage engagé met en lumière le chemin vers la radicalisation, notamment celui des jeunes.

Ce film nous a particulièrement marquées par la progression de la vision qu’a Layla de l’Islam. En effet, elle est tout d’abord bercée d’illusions, persuadée qu’elle est sur la bonne voie, mais elle finit tragiquement s’apercevant qu’elle se trouve dans une très mauvaise situation, contraire à ses principes religieux. Sa radicalisation progressive débute par de simples appels au milieu de la nuit avec Abdel, puis s’intensifie au fil du temps : ils communiquent par vidéos, puis se rencontrent. Après s’être mariés, ils décident de fuir vers le Moyen-Orient. Cependant, Layla se rend compte que la situation la dépasse. Il s’agit d’un tournant dans le film. Cette scène se déroule dans la maison qu’occupent Layla et Abdel. Après avoir vu son mari et un inconnu regarder une vidéo sur l’ordinateur, la jeune femme, intriguée, se lève pendant la nuit pour la regarder à son tour. Cette vidéo montre des djihadistes torturant un homme. C’est alors qu’elle tente de faire machine arrière, bien qu’elle soit terrorisée.

La réalisatrice présente un personnage qui n’est pas dénué d’humanité tandis que d’autres finissent par perdre tout sens moral. On remarque clairement qu’elle a de l’empathie vis-à-vis de son héroïne, qu’elle présente comme une femme, un humain, capable de prendre conscience de ses erreurs. Ce film propose une vision différente de ce que les médias ont l’habitude de nous montrer. En effet, ils ont tendance à nous exposer l’action des « terroristes » sans prendre le temps de nous expliquer comment ils en sont arrivés là. Grâce au film, on comprend mieux comment on devient djihadiste, comment on se retrouve embrigadé.

La jeune femme aurait pu suivre le chemin de son mari. Or elle tient compte de sa propre conscience. A la fin du film, on ne ressent pas de haine à son égard mais plutôt de la compassion.

Justine Massas, Laura Ybert, Clara Bavazzano, Aysel Selmann et Chloé Hofmann

Les Lycéens en parlent – Critique de Home

Home

de Fien Troch

 

Ultra-violence des échanges en milieu familial

Home retrace le parcours et l’amitié d’un groupe d’adolescents, plus précisément de Sammy, Kevin et John. Ce dernier et Sammy sont meilleurs amis depuis des années jusqu’à l’arrivée de Kevin, le cousin de Sammy qui sort de prison. Entre Kevin et John se crée alors un lien d’amitié fort, qui leur permettra de traverser ensemble les épreuves auxquelles ils devront faire face. Inspiré de faits réels, ce film contient tous les éléments d’une tragédie grecque : inceste, non-dits, meurtre.

C’est une histoire touchante, qui mêle amitié et violence, avec beaucoup de réalisme. Si la plupart des films sur les adolescents donnent une image faussée de la jeunesse, Home traite ce sujet avec finesse et précision, sans pour autant tomber dans les préjugés. Par exemple, l’une des premières scènes du film montre Lina convoquée chez le proviseur pour diffamation à l’égard d’un professeur. Alors que le principal tente de lui imposer une punition face à laquelle il attend une réaction mature de la part de la jeune fille, celle-ci se défend en prétextant ne pas être la seule fautive, ce qui est une réaction typique des adolescents. De plus, les relations amoureuses sont souvent fleur-bleue dans les films, ce qui n’est pas le cas ici : le couple formé par Sammy et Lina semble à ce titre, assez réaliste. Ces-derniers ne sont que rarement ensembles et le lien qui les unit ressemble plus à une forte amitié où se mêlent confessions et sexualité.

Le réalisme du film est renforcé par les différentes relations mères-enfants. La mère de Sammy est l’exemple parfait d’une relation saine et « normale » : elle n’apparait ni trop stricte, ni trop laxiste. Elle est prête à tout pour le bonheur de son fils. Autre type de relation : celle entre Kevin et sa mère. Cette dernière refuse que son fils rentre au foyer familial à sa sortie de prison et l’envoie chez sa sœur, la mère de Sammy. Elle est donc très peu présente dans sa vie. Enfin, le lien entre John et sa mère semble être le plus complexe et révoltant de tous. Ils entretiennent une relation incestueuse instable qui balance entre amour et haine. Les pères, eux, sont globalement absents. Les fils n’ont donc aucun cadre et aucune limite. Ainsi, ces jeunes ne vivent qu’à travers la violence sans s’en rendre compte, comme l’illustre la phrase postée sur Facebook par Sammy : « L’ennui… J’aimerais tuer quelqu’un pour me sentir vivre. ». Leur violence banalisée apparaît également dans la transition entre la scène de meurtre et la scène suivante, où Sammy et Kevin mettent en marche la machine à laver. Alors que John tue sa mère avec l’aide de Kevin, la caméra se trouve derrière Sammy, qui se tient à l’écart. Le spectateur est donc distant et ressent une certaine frustration du fait qu’il ne peut pas réagir : il est prisonnier du cadre. Puis l’on passe sans transition à une scène où les deux cousins lancent une machine à laver. On passe d’une scène de violence omniprésente à une scène de la vie quotidienne dans une tranquille indifférence.

Pour parvenir à un tel réalisme, des procédés de réalisation précis sont utilisés. Tout d’abord, le cadre est serré en portrait (format presque carré). C’est un type de format utilisé généralement pour les documentaires, notamment ceux de Frédérick Wiseman, dont la réalisatrice Fien Troch reconnait s’être inspirée. Son but était de faire croire que tout ce que l’on voit dans le film s’est réellement passé. De même, il n’y a ni effets ni lumière, tout est naturel ce qui donne l’impression que les images ont été prises sur le moment, instantanément. D’ailleurs, la plupart des scènes sont improvisées par les acteurs, qui ne sont pas des professionnels, donnant ainsi des réactions plus naturelles. D’autres scènes, dans un format de smartphones, ont été filmées pendant les pauses des acteurs, avec leurs téléphones personnels : rien de ce qui se passe dans ces scènes n’est prémédité.

Ainsi ce film sur l’amitié et la complexité des relations mères-fils nous a marqué et plu par son réalisme, aussi bien sur le fond que sur la forme. Cela nous a permis de nous identifier et de nous attacher aux personnages.

Justine Massas, Clara Bavazzano et Laura Ybert

Les Lycéens en parlent – Critique de Glory

L’homme qui faisait bégayer les mots du pouvoir

Le film Glory de Kristina Grozeva nous questionne sur le statut actuel de la Bulgarie.

A travers ce long-métrage, la réalisatrice nous propose une figure pathétique et bègue, Tsanko Petrov . Ce cheminot, par ses difficultés à communiquer est isolé de la société mais aussi protégé de la corruption qui règne dans son pays.

On peut aussi le mettre en parallèle avec son principal opposant, Julia Staikova, directrice rude et hautaine du service de relations publiques du ministère des transports. Femme mal aimée qui, comme Petrov, est seule et perdue. Perdue comme la montre de Tzanko, qu’elle remplacera par une fausse. L’ouvrier se retrouve avec deux montres, un cadeau du ministre qui retarde et une fausse qui avance. On peut supposer que la première symbolise l’État en retard sur son temps et sur le salaire de ses fonctionnaires, la deuxième représente les personnes corrompues, toujours en avance sur l’État.

Plein d’humanité, maîtrisant la parole mais pas le discours, c ‘est grâce à son obstination qu’il retrouve son bien le plus précieux (après ses lapins), la montre héritée de son père. Grâce à ce film, on arrive à comprendre à quel point la situation actuelle de la Bulgarie est préoccupante, comme peut en témoigner la séquence où Julia utilise le drapeau européen comme une serviette ou encore lorsqu’elle demande à rendre présentable le drapeau national seulement pour la réunion.

François Marie, Louis Budillon et Adrien Excoffier